La maison de Raden Saleh à Cikini entre en chantier

Rénovation de la Maison de Raden Saleh à Cikini

Ce qui se passe sur le site depuis le 10 septembre 2026

Depuis le 10 septembre 2026, des travaux sont visibles sur le site de la maison de Raden Saleh, dans le quartier de Cikini, au centre de Jakarta. Les photographies publiées ce jour-là par Antara Foto, Medcom et Liputan6 montrent un périmètre de chantier fermé au public, des échafaudages installés sur la façade principale et plusieurs équipes au travail à l’intérieur du bâtiment. Les images laissent voir des murs partiellement mis à nu et des matériaux de construction entreposés dans la cour.

La maîtrise d’ouvrage est assurée par le gouvernement provincial de Jakarta, en coordination avec le ministère indonésien de l’Éducation, de la Culture, de la Recherche et de la Technologie. Koran Jakarta et Merdeka ont confirmé l’implication de la Dinas Kebudayaan — la direction provinciale de la culture — comme principal pilote opérationnel du chantier. Aucune entreprise de travaux n’a encore été publiquement identifiée dans les sources disponibles à cette date.

La nature des interventions visibles inclut la consolidation structurelle des murs porteurs, le remplacement partiel de la toiture et un travail sur les menuiseries extérieures. L’état du bâtiment avant chantier était préoccupant : plusieurs sources indonésiennes signalaient depuis 2023 des infiltrations d’eau, des fissures sur les élévations et une dégradation avancée des planchers en bois. Le périmètre concerné couvre l’ensemble de la parcelle historique, estimée à environ 1,5 hectare selon les données cadastrales disponibles.

Un bâtiment construit en 1852 par un peintre rentré d’Europe

Raden Saleh Sjarif Boestaman est né vers 1811 à Java et mort à Bogor en 1880. Il est le premier peintre indonésien à avoir reçu une formation académique en Europe, où il a séjourné plus de vingt ans — notamment aux Pays-Bas, en Allemagne et en France. Son style relève du romantisme du XIXe siècle : portraits de souverains javanais, scènes de chasse, paysages dramatiques. Ses œuvres circulent aujourd’hui dans les collections des Pays-Bas, d’Allemagne et d’Indonésie, et certaines ont atteint des prix records aux enchères ces dernières années.

À son retour définitif à Batavia — l’actuelle Jakarta — vers 1851, Raden Saleh fait construire une résidence à Cikini, alors en périphérie de la ville coloniale. La construction débute en 1852, sur un terrain qu’il possède en propre. Le bâtiment mêle des influences européennes — façade symétrique, hauts plafonds, larges vérandas — à des éléments locaux dans les détails décoratifs. Il ne s’agit pas d’une demeure ordinaire : Raden Saleh y reçoit des dignitaires néerlandais et des visiteurs étrangers, et le domaine comprend à l’époque des jardins botaniques privés, une ménagerie et des ateliers.

Après la mort du peintre, la propriété change plusieurs fois de mains. Elle est utilisée au XXe siècle comme hôpital, puis comme centre de soins dentaires, avant que l’État indonésien n’en prenne le contrôle. Ces occupations successives ont laissé des traces importantes sur la structure et sur les finitions intérieures, rendant la lecture de l’état d’origine du bâtiment plus complexe qu’il n’y paraît.

Ce que les travaux ont révélé sur l’architecture d’origine

Les premières semaines de chantier ont mis au jour des informations que les archives ne permettaient pas de confirmer avec certitude. Sous plusieurs couches de peinture blanche appliquées lors des rénovations du XXe siècle, les équipes ont retrouvé des traces d’un enduit ocre clair sur les façades extérieures — une teinte cohérente avec les descriptions de contemporains de Raden Saleh qui évoquaient une maison à la couleur chaude, distincte des bâtiments administratifs coloniaux.

À l’intérieur, la dépose des faux plafonds installés pendant la période hospitalière a révélé des hauteurs sous plafond originales dépassant 4,5 mètres dans les pièces principales, ainsi que des éléments de charpente en bois de teck apparemment d’époque, en meilleur état que ce que les rapports de diagnostic préventif avaient anticipé. Certains planchers en bois massif, que l’on croyait entièrement remplacés, conservent sous des revêtements ajoutés plus tard une partie de leur surface d’origine.

La découverte la plus documentée concerne les arcs des ouvertures intérieures : plusieurs d’entre eux présentent un profil en plein cintre orné de moulures en stuc dont le motif rappelle des éléments décoratifs que Raden Saleh avait observés lors de son séjour en Europe centrale. Cette observation modifie légèrement la lecture qu’on avait du bâtiment, souvent présenté comme une synthèse assez sobre entre style colonial néerlandais et architecture locale. Le niveau de détail architectural est plus élaboré que ce que les photographies connues du XXe siècle laissaient supposer.

Quel usage est prévu une fois la rénovation terminée

Le projet officiel, tel qu’annoncé par le gouvernement provincial de Jakarta avant le début du chantier, prévoit de transformer la maison de Raden Saleh en musée et espace culturel dédié à l’histoire de l’art indonésien. L’ambition affichée est d’en faire un lieu de référence sur le peintre et sur la période de transition culturelle qu’il incarne, avec des salles d’exposition permanente, un espace pédagogique et des fonctions d’accueil pour des événements artistiques.

Plusieurs associations indonésiennes de défense du patrimoine ont exprimé des réserves sur les modalités d’exécution. La principale préoccupation concerne le risque de reconstitution trop libre des espaces intérieurs, au détriment de l’authenticité des matériaux. Le collectif Jakarta Heritage Trust a publié en août 2026 une lettre ouverte demandant que les décisions de restauration soient prises avec la participation d’historiens de l’architecture et non uniquement de techniciens du bâtiment. La Dinas Kebudayaan n’a pas répondu publiquement à cette demande à la date de publication de cet article.

La durée totale du chantier annoncée est d’environ dix-huit mois, ce qui placerait une ouverture éventuelle au courant du premier semestre 2028. Ce calendrier reste conditionnel : les chantiers sur bâtiments anciens génèrent régulièrement des découvertes qui rallongent les délais, comme c’est déjà le cas avec les éléments architecturaux mis au jour dès les premières semaines.

Où en est le statut patrimonial officiel du site

La maison de Raden Saleh est classée bâtiment cagar budaya — patrimoine culturel protégé — au titre de la loi indonésienne n° 11 de 2010 sur la conservation du patrimoine culturel (Undang-Undang Cagar Budaya). Ce classement interdit toute démolition, modification structurelle substantielle ou changement d’usage sans autorisation préalable des autorités compétentes. Il impose également des obligations de documentation avant et pendant les travaux.

Le site est inscrit au registre provincial de Jakarta sous la catégorie des bâtiments à protection renforcée, ce qui signifie que les interventions sont théoriquement soumises à l’accord conjoint de la Dinas Kebudayaan de Jakarta et du Balai Pelestarian Kebudayaan — l’organisme national de préservation du patrimoine culturel rattaché au ministère. Ce double niveau de contrôle est l’un des points que les associations de défense du patrimoine ont demandé à vérifier formellement, au regard de la rapidité avec laquelle le chantier a démarré.

La rénovation en cours ne modifie pas le classement existant. Elle s’inscrit dans le cadre légal prévu pour les travaux de restauration sur un cagar budaya, à condition que les prescriptions techniques soient respectées. Le respect effectif de ces prescriptions — choix des matériaux, méthodes de consolidation, traitement des éléments d’origine — sera l’un des enjeux pratiques à suivre tout au long du chantier.