Les combles d’un immeuble en copropriété sont au coeur d’un contentieux abondant et souvent mal compris. Appartiennent-ils à tout le monde, au copropriétaire du dernier étage, ou à personne en particulier ?
Entre la loi du 10 juillet 1965, l’interprétation des règlements de copropriété et les décisions récentes de la Cour de cassation, voici tout ce qu’il faut savoir pour ne pas se retrouver en mauvaise posture.
À qui appartiennent les combles dans une copropriété ?
La première chose à faire, c’est d’ouvrir votre règlement de copropriété. Dans la grande majorité des cas, ce document tranche la question en qualifiant expressément les combles de parties communes ou de parties privatives. Si la réponse s’y trouve clairement, le débat est clos.
Le problème, c’est que beaucoup de règlements sont muets ou imprécis sur ce point. Dans ce cas, c’est la loi du 10 juillet 1965 et la jurisprudence qui prennent le relais. Et attention : la loi ne cite pas les combles dans sa liste des parties communes (article 3). Il n’y a donc pas de qualification automatique – tout dépend de la situation concrète de votre immeuble.
Deux critères sont déterminants. D’abord, l’accès : par où entre-t-on dans les combles – depuis l’appartement ou depuis la cage d’escalier ?
Ensuite, l’utilité collective : servent-ils à quelque chose pour la copropriété dans son ensemble, comme abriter une VMC ou permettre d’accéder à la toiture ? Ces deux questions résument 90 % des litiges en la matière.
Quelle est la jurisprudence combles en copropriété ?

Les tribunaux ont eu l’occasion de se prononcer très souvent sur ce sujet, et les règles dégagées au fil des décisions sont aujourd’hui assez stables. Voici les grands arrêts à connaître, reformulés simplement.
Dès 1993, la Cour de cassation a posé le principe fondateur (arrêt du 6 octobre 1993, n° 91-18.289) : des combles accessibles uniquement depuis les parties privatives d’un lot, n’abritant aucun équipement collectif et ne présentant aucune utilité pour les autres copropriétaires, constituent une partie privative.
Cette règle a été confirmée en 1999 (arrêt du 9 juin 1999, n° 97-19.887) dans une affaire similaire où le règlement de copropriété était lui aussi silencieux.
En sens inverse, un arrêt du 30 novembre 2010 (n° 09-17.031) a établi que des combles accessibles uniquement depuis un palier – donc une partie commune – sont nécessairement des parties communes, et ce même si aucune utilité collective n’est démontrée. L’accès depuis les parties communes suffit à lui seul.
Un arrêt du 17 janvier 2007 (n° 05-19.104) apporte une précision importante : une trappe d’accès installée sans autorisation par le copropriétaire lui-même ne crée aucun droit. On ne peut pas se constituer un accès privatif de sa propre initiative pour ensuite revendiquer la privativité des combles.
Plus récemment, la Cour de cassation a rendu le 10 octobre 2024 un arrêt publié au Bulletin (n° 22-22.649) qui marque une étape. Elle y définit officiellement le comble comme un espace situé sous la toiture et séparé des lots par un plancher.
Cette définition technique rattache le comble physiquement au lot inférieur, dont il constitue un prolongement naturel.
Dans la même logique, le Tribunal judiciaire de Nantes a jugé le 25 septembre 2024 que des combles accessibles exclusivement par un lot et n’abritant aucun équipement collectif sont privatifs de plein droit.
La tendance actuelle des juridictions est donc clairement pragmatique : on regarde la réalité matérielle des lieux, pas seulement les textes.
Les combles perdus en copropriété : même régime ?
Les combles dits « perdus » – ces volumes sous toiture où l’on ne peut pas se tenir debout, souvent entre 30 centimètres et 1,50 mètre de hauteur – sont très répandus dans les immeubles parisiens anciens.
Ils ne sont pris en compte ni dans la surface loi Carrez (hauteur inférieure à 1,80 m), ni dans le calcul de la surface habitable.
Mais leur nature juridique reste importante, notamment si des travaux sont envisagés. La qualification suit les mêmes règles : accès exclusif depuis l’appartement du dessous, pas d’équipement collectif, pas d’accès nécessaire à la toiture – et vous avez toutes les chances d’être en présence d’une partie privative, même si cet espace ne vaut pas grand-chose au sens pratique du terme.
Est-il possible d’annexer des combles sans autorisation ?

Non – et les conséquences peuvent être sévères. Si les combles sont des parties communes et qu’un copropriétaire les occupe ou les aménage sans autorisation préalable de l’assemblée générale, il commet ce que les juristes appellent une voie de fait.
En clair : une appropriation illicite d’un bien appartenant à la collectivité.
Un exemple concret illustre parfaitement les risques. Dans un arrêt rendu par la Cour d’appel de Paris le 25 février 2016, une SCI propriétaire d’un appartement au dernier étage d’un immeuble situé rue de Grenelle avait annexé les combles, dont l’accès se faisait par une trappe en cage d’escalier.
Le syndicat des copropriétaires l’a assignée en justice. Résultat : condamnation à la remise en état des lieux à ses propres frais, plus indemnité de procédure de 2 000 euros et prise en charge des dépens.
Ce type de procédure peut être engagé dans un délai de cinq ans à compter du moment où la copropriété a eu connaissance des travaux.
Autre point à ne pas négliger : si le lot est revendu entre-temps, l’acheteur peut être subrogé dans les obligations du vendeur – y compris la remise en état. Vérifier la situation des combles avant d’acheter au dernier étage n’est donc pas une précaution superflue.
Comment racheter et récupérer des combles communs en copropriété ?
Si les combles sont des parties communes et que vous souhaitez les intégrer à votre lot, la procédure est encadrée et ne s’improvise pas. Voici les étapes dans l’ordre.
- Vérifier la qualification dans vos documents : règlement de copropriété, état descriptif de division, titre de propriété.
- Adresser une demande écrite au syndic par lettre recommandée avec avis de réception, au moins six semaines avant la prochaine assemblée générale, pour inscription à l’ordre du jour.
- Voter en assemblée générale à la double majorité prévue par l’article 26 de la loi de 1965 : majorité des membres représentant au moins les deux tiers des voix. L’unanimité peut s’imposer si les combles sont nécessaires à la destination de l’immeuble ou si le projet nuit aux droits d’un autre copropriétaire.
- Attendre l’expiration du délai de contestation de deux mois après notification du procès-verbal de l’AG.
- Signer l’acte devant notaire et faire intervenir un géomètre-expert pour recalculer les tantièmes.
Tous les frais sont à la charge de l’acquéreur : géomètre, modification du règlement de copropriété, acte notarié. Le prix de vente des combles, lui, est reversé à l’ensemble des copropriétaires selon leurs tantièmes respectifs.
Qui paie l’isolation des combles en copropriété ?

Ici encore, tout dépend de la qualification. Si les combles – notamment les combles perdus situés juste sous la toiture – sont des parties communes, les travaux d’isolation sont votés en assemblée générale et les frais sont répartis entre tous les copropriétaires selon leurs tantièmes.
Le copropriétaire du dernier étage, qui en bénéficie le plus thermiquement parlant, ne paye pas davantage que sa quote-part.
Si les combles sont des parties privatives, c’est au copropriétaire de financer lui-même l’isolation.
Mais attention : si les travaux impactent des parties communes comme la charpente ou la toiture, une autorisation de l’assemblée générale reste obligatoire, à la majorité absolue prévue par l’article 25 de la loi.
Depuis 2024, les copropriétés de 200 lots et plus sont tenues d’établir un Plan Pluriannuel de Travaux (PPT) incluant les performances énergétiques.
L’isolation des combles peut naturellement y figurer. MaPrimeRénov’, les Certificats d’Économie d’Énergie (CEE) et l’éco-prêt à taux zéro sont accessibles aux copropriétés pour financer ce type de travaux – l’Agence nationale de l’habitat (ANAH) peut accompagner les démarches.
Que faire quand le règlement de copropriété ne dit rien sur les combles ?
C’est la situation la plus délicate, et malheureusement l’une des plus courantes. Si votre règlement est muet, trois questions permettent d’orienter la qualification : l’accès se fait-il exclusivement depuis votre appartement ?
Les combles contiennent-ils un équipement collectif ? Permettent-ils d’accéder à la toiture ou à une autre partie commune ?
Si vous répondez non aux trois, la jurisprudence actuelle – notamment l’arrêt de 2024 – penche nettement vers la qualification de partie privative.
Si l’accès se fait depuis les parties communes, vous êtes quasiment certain d’avoir affaire à une partie commune, quelle que soit l’utilité des combles.
En cas de désaccord entre copropriétaires sur la qualification, seul le juge peut trancher. Consulter un avocat spécialisé en droit de la copropriété avant d’engager des travaux ou une procédure reste, dans tous les cas, la décision la plus sage.