Un carreau qui claque sous le pied, une plaque entière qui se soulève en quelques heures : le phénomène surprend toujours, mais il arrive bien plus souvent qu’on ne le croit.
Selon les données du secteur, les désordres liés au carrelage représentent 14 % des sinistres dans la construction de maisons individuelles.
Ce qui complique vraiment la situation, c’est que selon la cause et le type de pose, ce n’est pas du tout la même assurance qui s’applique.
Quelles sont les causes possibles d’un carrelage qui se soulève?
Avant de décrocher votre téléphone pour appeler votre assureur, identifiez l’origine du problème. Ce diagnostic conditionne directement la voie de recours disponible.
L’absence de joints de fractionnement est la cause la plus fréquente et la plus sourde : sans ces joints tous les 25 à 40 m² (selon la norme DTU 52.1), la dalle ne peut pas absorber les mouvements naturels du bâtiment. La pression s’accumule jusqu’au cloquage.
Une mauvaise pose arrive juste derrière – enrobage insuffisant du mortier-colle, support mal préparé, carreaux posés trop vite sans respecter le temps de prise. Le résultat est identique : le carrelage se désolidarise de son support.
L’humidité (remontées capillaires, infiltration, dégât des eaux) et les planchers chauffants mal réglés forment les deux autres grandes familles de causes. Chacune oriente vers un recours différent, on y revient plus loin.
Est-ce que l’assurance habitation prend en charge un carrelage qui se soulève?

La réponse courte : oui, mais seulement si le soulèvement résulte d’un événement couvert par votre contrat. Un dégât des eaux provoqué par une canalisation qui éclate, une inondation reconnue – voilà des situations où l’assurance habitation peut intervenir.
En revanche, si la cause est une mauvaise pose ou des matériaux inadaptés, l’assureur refusera systématiquement. Ces défauts relèvent de la responsabilité du professionnel, pas d’un aléa couvert par votre contrat multirisque.
Deux délais légaux à retenir absolument :
- 5 jours pour déclarer le sinistre à votre assureur, conformément à l’article L.113-2 du Code des assurances
- 2 ans après la date du sinistre avant que votre recours soit prescrit
Si les dommages dépassent 1 800 €, l’assureur mandate un expert avant de statuer. En dessous, il doit vous proposer une indemnité dans les 15 jours suivant la déclaration.
Pour la garantie catastrophe naturelle, une condition supplémentaire s’ajoute : un arrêté ministériel publié au Journal Officiel doit reconnaître l’état de catastrophe naturelle dans votre commune.
Carrelage qui se soulève et garantie décennale : quand peut-on l’activer?
La garantie décennale, inscrite aux articles 1792 et 1792-2 du Code civil, couvre les désordres apparus dans les 10 ans suivant la réception des travaux, dès lors qu’ils rendent l’ouvrage impropre à sa destination. Un sol fissuré à bords tranchants qui rend la circulation dangereuse entre clairement dans ce cadre.
Mais tout dépend du type de pose. Pour un carrelage scellé – c’est-à-dire ancré directement dans la chape en béton, impossible à retirer sans attaquer la structure – la décennale s’applique pleinement. L’entreprise qui a réalisé les travaux prend en charge le remplacement à ses frais.
Pour un carrelage collé, la situation est différente. Dans un arrêt du 21 novembre 2019, les juges ont clairement établi qu’un carrelage posé par collage sur un ouvrage existant ne relève pas de la garantie décennale, car il s’agit d’un élément dissociable.
Cette distinction est souvent ignorée, et elle peut coûter cher si vous partez sur la mauvaise piste.
Les professionnels qui exercent sans avoir souscrit d’assurance décennale s’exposent à des sanctions sévères : jusqu’à 75 000 € d’amende et 6 mois d’emprisonnement. Si l’artisan est non assuré, le recours passe alors par la voie civile – plus long, mais pas sans issue.
Pour les travaux de rénovation d’appartement ancien, où les sols en carrelage scellé sont fréquents, ce point mérite d’être vérifié dès la réception du chantier.
Garantie de parfait achèvement et garantie biennale : les protections dans les premières années

Deux garanties complémentaires couvrent la période qui suit immédiatement la réception des travaux, avant même que la décennale ne soit pleinement mobilisable.
| Garantie | Durée | Ce qu’elle couvre | S’applique au carrelage collé? |
|---|---|---|---|
| Parfait achèvement | 1 an après réception | Tous défauts de conformité signalés | Oui |
| Biennale | 2 ans après réception | Éléments dissociables défectueux | Oui |
| Décennale | 10 ans après réception | Désordres structurels, ouvrage impropre | Non (carrelage scellé uniquement) |
La garantie de parfait achèvement oblige le professionnel à corriger tout désordre signalé dans l’année qui suit la réception, que ce soit par écrit lors de la réception ou par lettre recommandée ensuite. Un carrelage qui se soulève dans les premiers mois doit être signalé immédiatement et par écrit.
La garantie biennale prend le relais pour les éléments dissociables – et le carrelage collé en fait partie. Pendant deux ans, l’entreprise est tenue de réparer ou remplacer les carreaux défectueux. C’est souvent la voie la plus directe pour un carrelage collé qui décolle dans les 24 mois.
Carrelage qui se décolle à cause de l’humidité ou d’un plancher chauffant : quel recours?
Ces deux situations méritent un traitement spécifique, car elles brouillent souvent les responsabilités.
En cas d’humidité, distinguez bien l’origine. Des remontées capillaires chroniques dans un sous-sol signalent un problème structurel du bâtiment – la garantie décennale peut s’appliquer si elles proviennent d’un défaut de construction.
Un sous-sol inondé lors de fortes pluies peut quant à lui relever de votre assurance habitation si le sinistre est couvert, ou de la garantie catastrophe naturelle selon les circonstances.
Pour un plancher chauffant, les problèmes viennent souvent d’un défaut de mise en chauffe progressive à la première mise en route, ou d’une absence de joints de dilatation adaptés.
Si l’installateur n’a pas respecté les préconisations techniques – notamment les joints de dilatation obligatoires entre le plancher chauffant et les murs – sa responsabilité professionnelle ou la garantie décennale peut être engagée.
Quand la cause est clairement un dégât des eaux accidentel (tuyau qui rompt, machine à laver qui fuit), l’assurance habitation reste le premier réflexe. Le lien entre l’événement et le soulèvement du carrelage doit être établi clairement dans le constat.
Comment déclarer le sinistre et maximiser ses chances d’indemnisation?

Dès les premiers signes, photographiez tout – zones soulevées, fissures, joints ouverts, contexte environnant. Ces photos horodatées constituent votre première pièce à conviction.
- Déclarez dans les 5 jours suivant la découverte du sinistre (article L.113-2 du Code des assurances)
- Rassemblez toutes les factures, devis et bons de commande liés à la pose du carrelage
- Conservez les éventuels échanges écrits avec l’artisan (mails, SMS, courriers)
- Faites établir un devis de réparation par un professionnel indépendant avant l’intervention de l’expert
Si l’assureur mandate un expert (ce qui arrive automatiquement au-delà de 1 800 € de dommages), préparez un dossier structuré.
L’expert ne prend pas de décision : il constate et rédige un rapport. C’est l’assureur qui tranche – et vous pouvez contester sa décision par courrier recommandé, en demandant une contre-expertise ou en saisissant le médiateur de l’assurance.
Ce que l’assurance ne couvrira jamais : les exclusions à connaître avant d’agir
Certaines situations sont exclues de toute prise en charge, quelle que soit la garantie sollicitée. Les connaître évite une démarche longue pour rien.
- Mauvaise qualité des matériaux choisis par le propriétaire : si vous avez acheté des carreaux inadaptés à l’usage (carrelage mural posé au sol, faible résistance au gel en extérieur), aucune garantie ne s’applique
- Absence de joints de fractionnement imputable à la maîtrise d’ouvrage : si vous avez expressément refusé ces joints malgré les conseils du professionnel, la responsabilité se retourne
- Carrelage collé hors période biennale : au-delà de 2 ans après réception, un carrelage collé qui se décolle ne peut pas activer la décennale
- Sinistre déclaré hors délai : passé le délai de 2 ans de prescription, toute action contre l’assureur est impossible
Si vous tombez dans l’une de ces situations, la voie amiable reste possible – une lettre recommandée à l’artisan avec mise en demeure de réparer peut aboutir sans passer par un tribunal.
En dernier recours, le tribunal judiciaire de proximité traite les litiges jusqu’à 10 000 €, sans avocat obligatoire. Un carrelage qui se soulève, c’est rarement une fatalité – mais c’est presque toujours une course contre la montre.