Une dalle béton est incombustible et tient bien au feu, mais son degré coupe-feu dépend de son épaisseur et de son ferraillage, et il ne vaut que tant que rien ne la perce sans protection. Un trou de gaine laissé nu, un câble qui passe à travers, un conduit rebouché à la mousse : la dalle reste du béton, elle n’est plus coupe-feu à cet endroit. Pour qui ouvre un plancher en rénovation, c’est le point à retenir avant de sortir la carotteuse.
Ce que le béton garantit à lui seul
Le béton est classé M0, c’est-à-dire incombustible (référence Eurocode NF EN 1992-1-2). Il ne propage ni flamme, ni fumée, ni gaz toxique, et il n’ajoute rien à la charge thermique d’un incendie. Sa conductivité thermique est faible et il garde sa solidité à haute température : c’est pour ça qu’on le range parmi les bons matériaux coupe-feu.
La synthèse que nous avons consultée indique même que le béton satisfait aux exigences de la réglementation pour la grande majorité des constructions, sans protection rapportée, jusqu’à deux heures de stabilité au feu et de degré coupe-feu. Le réflexe « béton = protégé » n’est donc pas absurde. Il est incomplet, et ce qui lui manque tient en deux mots : épaisseur et continuité.
L’épaisseur fixe la durée de tenue
Pour une dalle pleine, la durée de résistance au feu dépend notamment de l’épaisseur et du ferraillage. Les épaisseurs minimales de référence, selon la durée visée, sont les suivantes :
- 80 mm pour 60 minutes ;
- 100 mm pour 90 minutes ;
- 120 mm pour 120 minutes ;
- 150 mm pour 180 minutes ;
- 175 mm pour 240 minutes.
Ces valeurs donnent un critère concret : mesurez l’épaisseur réelle de votre dalle (sur une trémie existante, une réservation, une tranche visible) et situez-la dans cette échelle. Attention, elles ne remplacent pas une vérification sur votre bâtiment. Le ferraillage entre dans le calcul, et une dalle sur hourdis, un plancher ancien ou une dalle amincie par endroits ne se lisent pas aussi directement qu’une dalle pleine homogène. Si vous avez un doute sur la nature de votre plancher, c’est une question pour un bureau d’études ou un bureau de contrôle, pas pour un tableau.
Les trous : là où la protection se perd
Une dalle béton sur hourdis est coupe-feu à condition qu’aucune ouverture ou conduit ne la traverse. Cette phrase résume l’essentiel du sujet. Le feu et les fumées ne cherchent pas à traverser 120 mm de béton : ils prennent le chemin le plus facile, et un passage de gaine non traité en est un.
Les points faibles d’un compartimentage sont connus : les portes, les passages de gaines, les déforcements locaux. Dans une rénovation, c’est la deuxième catégorie qui fait des dégâts, parce qu’elle se crée à l’occasion des travaux : on perce pour une évacuation, on passe une gaine de ventilation, on tire un câble d’un étage à l’autre, et personne ne s’occupe du jour qui reste autour. La synthèse avance même qu’un mur ou un plancher coupe-feu est inefficace, neuf fois sur dix, à cause d’un câble passant sans protection. Ce chiffre n’a pas de source primaire derrière lui, donc prenez-le comme un ordre d’idée relayé, pas comme une statistique établie. Le sens, lui, est solide : la dalle perd sa fonction par ses percements bien plus souvent que par un défaut de béton.
Même logique quand on travaille sur les menuiseries ou les pourtours : un joint mal traité autour d’un ouvrage, comme on le voit avec le compribande de fenêtre, rappelle que l’étanchéité d’un élément se joue sur ses raccords, pas sur sa masse.
Rétablir le degré coupe-feu après un percement
Règle de base : une ouverture créée dans un élément coupe-feu doit être rebouchée de façon à restituer le degré coupe-feu de l’élément traversé. Le calfeutrement n’est pas une option.
Canalisations : collerette ou manchon intumescent
Pour les dalles d’étage, tout passage de canalisation traversant un plancher doit être équipé d’une collerette coupe-feu (ou manchon intumescent). Le principe : en cas d’incendie, le produit se dilate sous l’effet de la chaleur et obstrue le passage, y compris quand le tuyau lui-même fond ou brûle. La synthèse rattache cette obligation à la réglementation incendie sans citer de texte précis, et je ne lui attribuerai donc pas d’article : c’est à vérifier auprès de votre bureau de contrôle ou de votre assureur si le doute existe.
Autres traversées et rebouchage
Pour câbles, gaines et réservations, les solutions de rétablissement citées sont le calfeutrement coupe-feu, les joints coupe-feu et les peintures intumescentes. Les traversées de tuyaux doivent être rebouchées sans aucune prise d’air.
Côté matériau de rebouchage, deux repères :
- la mousse polyuréthane non coupe-feu est à proscrire : c’est le réflexe du bricoleur, et c’est exactement ce qui annule la protection ;
- le plâtre ou le MAP sont tolérés, ce qui ne veut pas dire qu’ils conviennent à tous les cas : la taille de l’ouverture, ce qui la traverse et le degré à restituer changent la réponse.
Pour choisir un produit, regardez sa fiche technique et vérifiez qu’il est prévu pour votre type de traversée et qu’il couvre le degré de l’élément percé. Je ne vous donne pas de référence : elle dépend de votre cas, et la notice du produit fait foi.
Quand la dalle seule ne suffit plus
Tout ce qui précède vaut surtout pour une maison individuelle ou un petit immeuble d’habitation. Pour les bâtiments d’habitation de 1ère et 2ème familles, le REI de la dalle en béton suffit généralement. Une nuance si vous isolez : la protection au feu des isolants combustibles doit être de 15 minutes dans les locaux accessibles.
Pour les habitations de 3ème et 4ème familles et pour les ERP qui exigent jusqu’à REI 180, les performances de la dalle seule suffisent rarement. Une protection complémentaire ou une vérification s’impose, et c’est un sujet pour un professionnel (bureau de contrôle, bureau d’études), pas pour un chantier mené à l’intuition. Cet article ne couvre pas les ERP en détail et ne remplace pas leur avis.
Avant de percer : cinq vérifications
- Mesurer l’épaisseur réelle de la dalle et la comparer aux repères ci-dessus, en gardant en tête que le ferraillage compte aussi.
- Identifier le type de plancher (dalle pleine, béton sur hourdis) : les cas particuliers ne se traitent pas pareil.
- Lister les traversées existantes et celles que le projet va créer : gaines, câbles, canalisations.
- Prévoir pour chaque traversée sa protection : collerette ou manchon intumescent pour les canalisations, calfeutrement coupe-feu pour le reste, et jamais de mousse polyuréthane ordinaire.
- Déterminer la famille du bâtiment ou son statut d’ERP : s’il relève de la 3ème ou 4ème famille, ou d’un ERP, faire valider la situation avant de commencer.
Un dernier réflexe de chantier : si le plancher a déjà été percé par un précédent occupant ou un autre corps d’état, ne présumez pas que le rebouchage a été fait correctement. Pensez à l’état de l’installation électrique ancienne, comme un ancien disjoncteur EDF et ses câbles qui montent d’un niveau à l’autre : les traversées de câbles sont souvent les moins bien traitées.