Le 21 octobre 2026, à El Oued, s’est tenue la deuxième réunion du comité de suivi des recommandations de la commission bilatérale pour le développement des régions frontalières algéro-tunisiennes. Au programme, selon le Jeune Indépendant : l’état d’avancement des engagements précédents, les difficultés des projets communs et les perspectives de coopération dans plusieurs secteurs économiques. Aucun taux d’avancement, aucun budget et aucun détail sur les secteurs concernés ne figurent dans les comptes rendus consultés. Autrement dit, on sait que l’on a regardé où en étaient les chantiers, pas où ils en sont.
D’une gestion depuis la capitale à l’inspection de terrain
Côté algérien, la méthode change. Le constat de presse est que la gestion depuis la capitale a montré ses limites ; le mot d’ordre est désormais le suivi de terrain, avec des inspections renforcées par des comités techniques centraux et locaux. Aucun indicateur de résultat n’accompagne cette formulation.
Trois dates permettent de suivre l’enchaînement :
- 21 septembre 2026 : le ministère des Travaux publics, dirigé par Abdelkader Djellaoui, exige l’accélération des chantiers en passant en revue les projets routiers du Sud et des zones frontalières. Le ministre a appelé à accélérer la réalisation des projets dans les wilayas du Sud et les zones frontalières lors d’une réunion de coordination sur l’avancement et les contraintes de terrain (la date précise de cette réunion n’est pas indiquée).
- 4 octobre 2026 : le Conseil des ministres ordonne le lancement immédiat des projets ferroviaires sur les tronçons Laghouat–El Menia–In Salah–Tamanrasset, jugés prioritaires, avec suivi de l’installation des chantiers et de la mise à disposition des ressources.
- 21 octobre 2026 : réunion de suivi d’El Oued, dans le cadre bilatéral algéro-tunisien.
Attention à ne pas mélanger les registres. La réunion d’El Oued relève de la commission bilatérale ; les routes du Sud et le ferroviaire dépendent d’instances nationales distinctes. Les conclusions de l’une ne s’appliquent pas aux autres, et chaque chantier a son maître d’ouvrage, son calendrier et son niveau d’information.
Le ferroviaire Laghouat–Tamanrasset est le seul projet à la fois nommé et daté dans ce dossier : c’est le repère le plus net à surveiller. Mais « lancement immédiat » est un ordre, pas un chantier installé. Aucun calendrier de livraison ni aucun budget n’a été publié.
Ce que les communiqués ne disent pas
Pour un pro du bâtiment, le manque saute aux yeux : pas de pourcentage de réalisation, pas de coût, pas de liste de projets ou de secteurs pour la coopération algéro-tunisienne, pas de retard ni de blocage précisé. Les « difficultés » ne sont évoquées qu’en termes généraux, comme des points nécessitant une coordination entre les administrations des deux pays.
Une réunion de suivi et un appel à accélérer sont des orientations et des décisions. Ils ne prouvent ni un rythme réel, ni une avance, ni un retard. Sans indicateur publié, on ne peut établir ni l’un ni l’autre.
À titre de comparaison, et sans en faire un modèle (cadre réglementaire et pilotage très différents), le poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle, au Canada, montre ce qu’une information précise laisse voir : la construction d’une nouvelle ligne d’inspection primaire a démarré, 5 voies sur 8 sont temporairement fermées, et la livraison des nouvelles guérites est annoncée pour l’hiver 2027. Le chantier, lancé à l’hiver 2025, est localisable, phasé et daté. C’est ce niveau de détail qui manque côté algéro-tunisien.
Les signaux à suivre avant de conclure
Trois éléments changeraient la lecture :
- les prochains communiqués de la commission bilatérale, s’ils nomment enfin des projets, des secteurs ou des indicateurs ;
- le lancement effectif des chantiers ferroviaires du Sud : installation des chantiers, ressources réellement mises à disposition, premier calendrier ;
- des comptes rendus d’inspection contenant des chiffres, taux d’avancement ou budgets, plutôt que des appels à accélérer.
Tant que ces éléments manquent, il est prématuré de juger le rythme des travaux ou de se positionner sur ces projets. Et pour qui vérifie des chantiers en général, le réflexe vaut ici : exiger la pièce chiffrée avant de croire le discours, comme on réclame l’attestation avant de parler de travaux éligibles à la TVA à 5,5 %.