Une charpente qui ne pousse pas sur les murs – cela semble anodin, mais c’est précisément ce qui change tout dans la conception d’un bâtiment à combles aménageables.
La ferme sur blochets résout ce problème avec une élégance mécanique que les charpentiers traditionnels ont peaufinée sur des siècles.
Voici ce qu’il faut comprendre avant de se lancer dans un projet ou de vérifier les plans d’un tailleur de bois.
C’est quoi un blochet en charpente?
Un blochet, parfois appelé patin, est une courte pièce de bois placée horizontalement à la base de la ferme.
Son rôle : recevoir le pied de l’arbalétrier ou du chevron et transmettre les efforts vers la structure porteuse sans que ceux-ci ne s’exercent directement sur le mur.
Il existe deux variantes principales. Le blochet massif est assemblé à double entaille, technique typique de la charpente traditionnelle taillée à la main.
Le blochet moisé, plus courant aujourd’hui, se compose de deux pièces boulonnées qui enserrent la jambe de force – une solution mieux adaptée à la charpente industrielle ou semi-industrielle.
Sur le plan mécanique, le blochet travaille principalement en traction, mais aussi en flexion et en cisaillement selon sa position et les charges appliquées.
Ses ancrages ne suivent pas de formule universelle : ils sont calculés au cas par cas, en fonction de la géométrie de la ferme et des efforts réels transmis par l’arbalétrier.
Principe structurel de la ferme sur blochets

La ferme sur blochets fonctionne comme une ferme à deux articulations.
Contrairement à une ferme classique dont l’entrait repose directement sur les murs et absorbe la poussée horizontale, ici les pieds d’arbalétrier sont portés par des blochets posés sur le plancher ou sur un solin.
Résultat : aucune poussée latérale ne s’exerce sur les murs porteurs.
Pour illustrer l’enjeu concret, une charge de 1 400 N/m sur un arbalétrier sans ce système générerait une poussée de 7 000 N sur les structures.
Sur un bâtiment de portée moyenne, ces efforts cumulés fragilisent les maçonneries ou déforment les ossatures bois. La ferme sur blochets supprime ce risque.
Le principe est proche de celui d’une ferme sur poteau : les efforts descendent verticalement vers les appuis.
Cette logique structure ouvre la totalité du volume sous entrait, ce qui rend le système particulièrement adapté à l’aménagement des combles avec habillage sous pente.
La portée reste cependant limitée : au-delà de 12 m, la section des pièces devient difficile à justifier économiquement.
Quels sont les différents types de fermes en charpente traditionnelle?
La charpente traditionnelle taillée regroupe plusieurs familles de fermes, chacune répondant à des contraintes de portée, de pente et d’usage des combles.
- La ferme simple : entrait bas, deux arbalétriers, un poinçon central. Portée courante de 6 à 10 m. Combles perdus dans la majorité des cas.
- La ferme à entrait retroussé : l’entrait est remonté en hauteur pour dégager le volume habitable. Le blochet relie le pied de l’arbalétrier à la jambe de force.
- La ferme sur blochets : variante dans laquelle le pied d’arbalétrier ne transmet aucune poussée au mur. Idéale pour les combles aménageables sur des portées jusqu’à 12 m.
- La ferme latine : système à deux arbalétriers sans poinçon, adapté aux faibles pentes, fréquent dans l’architecture méridionale.
- La ferme industrielle (ou fermette) : triangulation en bois massif avec connecteurs métalliques, fabriquée en usine, peu compatible avec les combles aménageables.
La ferme sur blochets se distingue dans ce panorama par sa capacité à libérer l’espace sous la toiture tout en protégeant les murs porteurs de toute poussée horizontale – un avantage que ni la ferme simple ni la fermette ne peuvent offrir.
Ferme sur blochets et ferme à entrait retroussé : quelles différences?

Les deux systèmes sont proches, et la confusion est fréquente même chez des professionnels.
Dans une ferme à entrait retroussé, l’entrait est positionné en hauteur – entre le premier et le troisième tiers de la longueur des chevrons, souvent au milieu – pour maximiser le volume libre en bas de la ferme.
Le blochet est ici la pièce horizontale qui relie le pied de l’arbalétrier à la jambe de force.
Dans la ferme sur blochets, la distinction clé porte sur les efforts transmis aux appuis. Le pied de l’arbalétrier ne génère aucune poussée sur le mur : il s’appuie sur le blochet qui reporte les charges verticalement.
C’est ce qui en fait une ferme à deux articulations, là où la ferme à entrait retroussé peut encore induire des efforts horizontaux si l’entrait n’est pas correctement dimensionné ou positionné.
La ferme latine mérite une mention dans ce contexte. Utilisée sur des toitures à faible pente (parfois moins de 15°), elle se compose de deux arbalétriers sans poinçon ni entrait haut.
Elle est répandue dans le Sud de la France et certaines rénovations de mas ou de bergeries.
Son comportement mécanique est différent des deux systèmes précédents, et elle demande une attention particulière à la gestion de l’évacuation des eaux en bas de pente.
Le dimensionnement d’une ferme sur blochets suit des règles précises
Depuis 2010, et obligatoire pour les marchés publics depuis 2013, l’Eurocode 5 (NF EN 1995-1-1) encadre tous les calculs de structures bois en France.
Le dimensionnement d’une ferme sur blochets s’inscrit dans ce cadre : classes de service, combinaisons de charges (neige, vent, charges permanentes), durée de chargement – rien n’est laissé à l’appréciation subjective.
Pour les sections de bois, les valeurs courantes observées sur les chantiers traditionnels donnent une bonne base de référence :
| Pièce | Section courante | Matériau |
|---|---|---|
| Entrait simple | 140×220 mm ou 160×250 mm | Sapin ou épicéa |
| Entrait moisé | 2×80×220 mm ou 2×75×225 mm | Sapin ou épicéa |
| Poutres principales | 350×250 mm | Chêne |
| Liens de contreventement | 75×110 mm (≈7,5×11 cm) | Sapin |
Les ancrages du blochet restent la partie la plus délicate à dimensionner. Leur calcul dépend de la géométrie exacte de la ferme, de l’angle de l’arbalétrier et de la charge réelle reprise.
Un bureau d’études ou un charpentier expérimenté ne peut pas s’en tenir à des abaque génériques pour cette pièce.
Quand choisir une ferme sur blochets plutôt qu’une autre structure?

Ce système s’impose sur des portées comprises entre 6 et 12 m, quand le projet prévoit des combles habitables et que les murs porteurs – en maçonnerie ancienne notamment – ne peuvent pas absorber de poussée horizontale.
C’est un critère décisif en rénovation, sur des bâtiments en pierre ou en pisé où la résistance latérale des murs est incertaine.
Voici les principaux critères de choix :
- Portée ≤ 12 m : au-delà, les sections de bois nécessaires deviennent peu économiques.
- Combles aménageables : le volume libéré sous l’entrait retroussé ou sous les blochets est directement exploitable.
- Murs porteurs fragiles : absence totale de poussée horizontale sur les appuis.
- Charpente traditionnelle taillée : ce système est peu compatible avec les fermettes industrielles à connecteurs.
Les limites du système méritent aussi d’être dites clairement.
L’assemblage est plus complexe qu’une ferme simple ou une fermette : la taille des blochets, leurs encoches et leurs ancrages nécessitent un charpentier qualifié, habitué à la taille traditionnelle.
Le coût est plus élevé qu’une solution industrielle. Et pour les bâtiments de grande portée ou les toitures très chargées, d’autres solutions – comme la charpente monopente sur maçonnerie – peuvent être plus adaptées.
Une ferme sur blochets bien conçue, c’est une toiture qui ne cherche pas à s’écarter – et des combles qui respirent vraiment.